He who seeks freedom and fortune course the endless seas.
Dans un monde en ébullition, dirigé par l’avidité des nobles et secoué par les plus audacieux, quel sera votre rôle ? Milles trésors et mystères hantent ces mers, serez-vous capable d'en tirer l'avantage ? Prenez le large et voguez vers ces horizons inconnus !
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A savoir
# Ouverture du forum le 18/07/17
# 16/08/17: accueillons notre nouveau maitre du jeu.
Contexte
1717,Une odeur de poudre flâne sur les vagues. Quelques débris flottent, balancés par la houle indifférente aux massacres. Au loin des coups de canon, des cris et le frémissement métallique des épées résonnent :Les peuples du bassin Ouest-Atlantique se battent farouchement pour dominer les mers et imposer leurs lois, tandis que des pirates pillent sans scrupules le moindre navire susceptible de leur rapporter de quoi vivre. Avides de liberté, ambitieux ou désespérés, ces derniers poussent les limites du connu, bravant les dangers les plus sombres et chassant les trésors perdus...
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Evénements
Ego vero sic intellego, Patres conscripti, nos hoc tempore in provinciis decernendis perpetuae pacis habere oportere rationem. Nam quis hoc non sentit omnia alia esse nobis vacua ab omni periculo atque etiam suspicione belli ?
Duplexque isdem diebus acciderat malum, quod et Theophilum insontem atrox interceperat casus, et Serenianus dignus exsecratione cunctorum, innoxius, modo non reclamante publico vigore, discessit.
Pirates and Freedom
Un combat pour la liberté

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Sur les traces du Fossoyeur

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Taverne de la mouette cendrée, Port-Royal, automne 1717




Il était aux environs de quinze heures lorsque la gamine frappa à ma porte trois coups timides. Je soupirai et quittai le balcon depuis lequel j’observais avec attention l’agitation de la ville. Port-Royal avait tant de choses à nous apprendre. Depuis cette fenêtre, je distinguais les mâts des navires entrant dans le port. Une vue sur leurs voiles, sur leur pavillon, sur leurs secrets. Et leur argent finissait toujours dans les coffres de la Mouette Cendrée. Cette taverne que j’avais rachetée florissait depuis que j’en étais devenue l’honnête propriétaire. Une fois de plus, les bonnes personnes étaient venues me trouver au bon moment et j’en avais tiré le meilleur profit possible. Après avoir replacé quelques mèches de ces cheveux bouclés qui s’échappaient du bandeau avec lequel je les avais noués, je me dirigeai vers la porte et l’entrouvris. La gamine se hissa sur la pointe des pieds et murmura quelques mots à mon oreille. Je caressai tendrement sa joue crasseuse et la remerciai d’un ton presque maternel :

« Va, mon enfant. Descends demander ta pièce à Molly et prends quelque chose à manger, tu l’as bien mérité. »


Je la regardai redescendre à la hâte, le ventre certainement crispé par la faim, et se diriger vers les cuisines. Je m’avançai vers la balustrade intérieure qui donnait sur la pièce centrale de la taverne. Des tables rondes cernées de chaises étaient réparties dans toute la pièce. Certaines grandes tablées rectangulaires remplissaient les coins assombris de l’auberge, où se réunissaient la plupart du temps les pirates les plus malfamés. Le comptoir, sur la droite, face à la double porte d’entrée, était vide en cette heure peu tardive. Dès que la nuit serait tombée, des saoulards viendraient crier leur soif au tavernier et tituberaient jusqu’à leur verre d’une démarche chaloupée causée par l’alcool ou la houle. J’épousai du regard la Mouette Cendrée accrochée au mur, au-dessus du comptoir. Cette vieille mouette presque déplumée qui ne valait pas un sou avait fait la renommée de l’ancien propriétaire de cette taverne. Bien fou qu’il était de ne se reposer que sur une légende !

Je descendis les escaliers et me rendis auprès du tavernier qui me servit un verre de rhum. A Port-Royal, la nuit tombait tôt, aux alentours de dix-neuf heures. J’avais donc quatre heures à tuer en attendant que les choses deviennent intéressantes. La soirée s’annonçait particulièrement riche en travail. La gamine qui était passée venait chaque jour me rapporter l’activité d’un navire pirate que l’on nomme par ici Le Fossoyeur. Son capitaine, Léopold Vignage, est particulièrement connu parce qu’il ne laisse derrière lui aucun survivant. Tous sont décimés et jetés à la mer. Comment se fait sa réputation ? Il accroche au mât chacun des pavillons des bâtiments pris qu’il a pris soin de tremper dans le sang du capitaine adverse. Voilà ce que l’on raconte sur Le Fossoyeur et son capitaine impartial. Et ce soir, la gamine m’apportait les dernières nouvelles croustillantes. Depuis quelques mois, un galion espagnol aurait pris en chasse Le Fossoyeur. Et ce navire naviguait dans les eaux non loin de Port-Royal en ce moment-même. Vignage avait fait escale à Port-Royal la semaine dernière et ses hommes étaient venus boire mon rhum et livrer leurs secrets. Il n’était pas difficile de deviner que les Espagnols étaient sur la piste du navire pirate. Restait à savoir s’ils auraient la témérité de mettre pied à terre et venir dans ma taverne chercher les informations que j’avais en ma possession, ou bien s’ils suivaient déjà un chemin bien défini. La gamine sortit des cuisines en courant. Je l’attrapai par le bras promptement et lui murmurai à l’oreille d’une voix autoritaire mais suave :

« Surveille l’Espagnol. Viens me dire s’ils envoient quelqu’un. Tu seras payée double, ma grande. »

Après avoir acquiescé, la gamine crasseuse s’enfuit dans la rue. Il faudrait bien s’occuper jusqu’à l’heure fatidique. J’achevai mon verre de rhum et sortis un paquet de cartes de tarot. Voyons si le sort nous était favorable en cette journée d’automne.
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La mer était calme quand l'Isabella jeta l'ancre. Dans la cabine du capitaine, l'espagnol Amador de la Cruz, fidèle corsaire de l'Espagne, s'était penché sur la table qui occupait une place centrale dans l'espace. Une carte un peu élimée par l'usage fréquent glissait sous ses doigts. Autour de lui, deux hommes dont les traits marqués affichaient une certaine gravité l'écoutaient consciencieusement :

- Le Fossoyeur aurait fait escale à Port-Royal, une semaine tout au plus. Depuis, nous l'avons perdu de vue. Il se sait traquer, mais continue d'échapper vers l’inéluctable. Son capitaine a trop d'orgueil, il doit préparer quelque chose... Je dois en savoir davantage.

Il tapota distraitement la carte.

- Port-Royal a été arraché à la couronne britannique par cette espèce abjecte que nous pourchassons. Vous ne pourrez embarquer.

Sa raison lui disait non, mais son cœur le trahissait. Le Fossoyeur avait fait le couler le sang des siens et pour cela, il ne pouvait accepter de le voir plus longtemps parcourir les mers. Des escales qu'il avait fait, la rumeur persistait que León Rojo, navire de son oncle, était tombé entre ses mains et que ce qui avait pu subsister fut incendié. La tête alourdie par les amères pensées, il déglutit en repensant au capitaine et à l'équipage qu'il avait côtoyé lorsqu'il était plus jeune. La rancœur qui le poussait au silence n'échappa à l'un d'entre-eux :

- Ne laissez par la colère entravée vos sentiments.


Amador ne répondit pas. Il avait longuement évalué les risques qu'il encourait, trop pour tant d'incertitudes, mais il ne pouvait s'avouer vaincu pour autant.

- Je prendrais le brick pour approcher des côtes. Alfonso et Cìbran m'accompagneront. Je reviendrais à l'aube.

Sa décision était désormais prise.

***

Le petit bateau glissa dans le port pour se ranger parmi d'autres. Une fois amarré et avoir payé sa place, le capitaine qui s'était dépouillé de son identité pour celle d'un contrebandier sans prétention, s'éloigna aussitôt pour des prétendues affaires. De vieux habits qu'il avait pour mauvaise habitude de garder rendaient son apparence convaincante. Il s'était séparé de son sabre pour un poignard et pistolet sans fioriture. Un chapeau de cuir un peu troué trouva refuge sur sa chevelure brune qu'il avait exceptionnellement noué. Il ignorait si son subterfuge suffirait à convaincre, mais il put parvenir à une taverne sans qu'on ne trouva à redire quoique ce soit à son sujet. Il croisa peu avant une gamine qui planta ses yeux sombres dans les siens, puis qui s'était enfuie tel un petit rat quittant le navire. Ce comportement suspect n'avait pas échappé à l'homme qui accordait une importance à chaque détail qui pouvait faire la différence. Sa main avait frôlé son poignard dans un excès de suspicions.

Le capitaine dut reconnaître qu'il n'était pas à l'aise et, sans doute son honnêteté qui le qualifiait si fièrement, ternissait son jeu d'acteur. D'une démarche nonchalante il s'approcha du comptoir, imitant ceux qui le précédaient. Il y avait fort à parier qu'il apprendrait quelque chose au sujet du Fossoyeur ici, l'alcool faisait souvent cracher plus qu'il ne devrait et ce genre d'endroit ne faisait pas la sourde oreille à un marin d'un équipage connu. Après avoir balayé la salle d'un regard attentif, Amador commanda ce qui semblait le moins imbuvable. Il sentit sa gorge brûlée après une première gorgée de rhum ingurgitée. Une seconde détendit ses muscles crispaient par la faim, celle qui réclamait vengeance au lieu de justice. La dernière qui recouvrait à peine le fond de son verre, il la garda comme une promesse qu'il s'était faite...


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L’heure tant attendue avait sonné à la grande horloge de Port-Royal. D’ici, on ne pourrait pas l’entendre, étant donné les bruyants clients de la Mouette Cendrée. Je vis la gamine franchir la porte de l’établissement, les joues rougies par la nuit tombante et le fait d’avoir couru. Ainsi, les Espagnols avaient osé venir jusqu’à nous. Je lui fis discrètement signe de se diriger vers les cuisines où je la rejoignis quelques minutes plus tard. Elle me raconta que trois hommes étaient descendus d’un plus petit bateau au port. Elle ne l’avait pas suivi parce qu’elle voulait m’avertir aussitôt, comme convenu. Je la gratifiai de l’un de mes plus charmants sourires et l’assis à la table. Devant elle, je disposai un grand bol d’une sorte de gruau que l’on pouvait servir à bord aux pirates. Certains marins n’aiment pas changer leurs habitudes en venant se sustenter ici. Le client est roi, pourvu qu’il serve mes avantages ! J’avais donc investi dans cette substance peu ragoûtante et la donnait à mes petits informateurs affamés lorsqu’ils avaient bien travaillé. La gamine avait fait ce que j’attendais d’elle. J’ajoutai du pain et quelques fruits à son dîner.


« Mange. Et décris-moi cet homme qui t’a vue. »


La gamine me décrivit l’aspect de l’homme qu’elle avait vu. Je l’écoutai attentivement, gravant dans ma mémoire chaque élément de sa description. C’était essentiel pour faire mon entrée auprès de l’homme. De vieux vêtements sombres, un pistolet, un couteau et un chapeau. Etonnant que des Espagnols envoient ce qui semblait être un prisonnier pour récolter des informations. Cet homme devait être surveillé par les deux autres. Ceux-là avaient reçu l’ordre de le tuer sur place s’il tentait quoi que ce soit. Il faudrait donc être suffisamment discrète et maligne pour en apprendre plus que d’en dévoiler. Lorsque la gamine eut terminé, je la fis sortir discrètement, évitant soigneusement les pirates bourrus et alcoolisés. Alors qu’elle allait passer la porte, sa petite main s’accrocha à ma robe. Du doigt, elle désigna un homme au chapeau troué se trouvant au comptoir.

« Lui, me dit-elle. »


Je la remerciai et la fis sortir rapidement. Du plat de la main, je replaçai les plis de ma robe et repoussai quelques mèches de cheveux d’un geste fin. J’inspirai et me frayai souplement un chemin à travers les clients éméchés de la taverne. Les clients occupaient déjà les tables disposées, une chope ou une bouteille de rhum à la main. J'aimais cette agitation. Je m'y sentais chez moi, comme un poisson dans l'eau. M’appuyant de mes deux coudes au comptoir, je m’installai face à l’homme qui avait tout d’un contrebandier. D’une voix chaude et délicate, plantant mes yeux dans les siens, je m’adressai à lui :


« Alors, bel oiseau, quel vent t’a poussé jusqu’ici ? C’est la première fois que je te vois à la Mouette Cendrée. Serais-tu à la recherche d’un endroit où déposer un peu de ce poids qui embarrasse ta cale ? »


Pour le faire parler, j’allais jouer la carte de la receleuse. Je prendrai ses marchandises, ses secrets, et contre un peu d’argent, j’en tirerai un profit encore plus grand. La Néphile dorée avait commencé à tisser sa toile.

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Alors qu'il terminait de s'abreuver de ce liquide qui lui brûlait l'esprit, il sentit un courant d'air froid balayer ses pensées. Guidé par l'instinct, le même qu'il trouvait lorsque la mer furieuse tentait de l'avaler, le corsaire se tourna pour planter ses yeux d'un bleu aiguisé dans ceux de l'arrivant qui avait poussé la porte de la taverne. Il lui fallut une fraction de seconde pour reconnaître l'un de ses hommes et s'assurer qu'il avait fait de même avant de regarder devant lui : une jeune femme avait tiré profit de son attention détournée pour l'aborder.

Amador reposa son verre sur le comptoir, profitant de son geste pour la regarder. Brune, plantureuse et apprêtée, elle inspirait la chaleur des caraïbes, mais également la part éprouvante de l'inconnu. Malgré le sourire qui se prêta sur ses lèvres, l'homme était méfiant. La curiosité des femmes le rendait la plupart du temps mal à l'aise. Il était conscient qu'elles pouvaient se montrer plus intelligentes que les hommes, surtout dans un tel milieu qui nécessitait de redoubler d'effort pour survivre... D'autant plus que celle-ci avait percé son personnage sans qu'il n'eut à dire quoique ce soit. L'inquiétude mêlée à la réflexion, rompit son conditionnement et il se mit à tapoter de sa main libre la surface collante du comptoir, tandis que l'autre enserrait son verre vide. Il devait se montrer rusé s'il voulait repartir d'ici avec des informations sur le Fossoyeur.

Voyant qu'il commençait à tarder, l'espagnol demanda un autre verre, avant de lui répondre dans un anglais fluide mais alourdi par un accent espagnol trop prononcé :

-  Peut-être bien... Tu sembles bien informée... Imaginons un instant que c'est le cas, saurais-tu me répondre ?

Un peu plus loin à quelques pas de lui, Alfonso, l'homme qui avait croisé son regard en entrant, s'était installé légèrement à l'écart. C'était un type de grande taille à la carrure intimidante, à la peau couleur bronze et à la chevelure noire ondulante. Ses yeux fixèrent dans un premier temps le capitaine et son interlocutrice, avant de glisser discrètement sur une table voisine dont la conversation faisait croître un sentiment impétueux parmi les vauriens imbibés par l'alcool : il était question d'un galion abordant la pavillon espagnol et rôdant dans les parages...


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Le type reposa son verre sur le comptoir. J'avais capté son attention et je vis dans son regard que l'alcool n'avait pas encore rompu toutes les barrières de son esprit. Le sourire qu'il afficha me rassura. Au moins cet homme-là n'avait pas peur de regarder une femme dans les yeux. Sa main tapotant le comptoir me fit penser que mon intrusion si près de lui avait pu le mettre mal à l'aise. Je songeai que j'avais certainement affaire à un homme déterminé ou très obéissant. Soit il était l'initiateur de cette mission de recherche du Fossoyeur, soit il en était l'exécutant résolu. Dans tous les cas, il serait complexe d'en apprendre davantage sur lui. Les hommes qui sont convaincus du bien-fondé de leurs actions sont rarement les plus simples à appréhender. Cela confirmait tout de même ma théorie concernant ce contrebandier. S'il défendait sa vie lors de cette virée à terre, il ne parlerait pas beaucoup pour autant.

L'homme finit par me répondre, après un silence un peu trop long. Il commanda un autre verre et je fis signe à mon employé d'en préparer un deuxième pour moi. Je devais lui offrir plus que ce que sa condition de prisonnier des Espagnols pouvait lui apporter. Je saisis le verre de rhum que l'employé avait déposé près de ma main et j'en bus une gorgée, laissant distraitement l'alcool descendre le long de ma gorge et réchauffer l'intérieur de mon corps. Je balayais d'un regard égaré la salle qui s'activait. L'homme au chapeau troué avait un fort accent hispanique qui couvrait un anglais assez maîtrisé à mon goût. Je ne fis pas paraître mon étonnement devant lui, tentant de garder un masque chaleureux et attirant.


« Peut-être bien... »


Des bribes d'une conversation agitée concernant un galion espagnol parvinrent jusqu'à moi dans des vapeurs d'alccol. Je fronçai les sourcils brièvement, avant de reprendre une attitude parfaitement maîtrisée et un visage chaleureux, que j'arborai devant mon interlocuteur, plantant mes yeux sombres dans les siens.


« On peut dire que tu arrives à point nommé, bel oiseau ! Tout le monde ne parle que du galion espagnol qui arpente nos eaux. C'est une attitude bien étrange venant des Espagnols. Ce sont des hommes surprenants. »


J'achevai mon verre d'une traite, avant de me redresser et, me penchant à son oreille, de lui murmurer :


« Suis-moi, et je saurai te répondre. Reste à savoir s'il te plaira d'entende ma réponse. »
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Le deuxième verre dans la main, il ne prit pas la peine de le porter à ses lèvres. Son attention était entièrement portée sur la curieuse jeune femme, qui semblait en connaître davantage qu'il ne l'aurait deviné. Cette rencontre était-elle un signe du destin ? Amador n'était pas de ces marins superstitieux, il n'était pas même croyant bien qu'il fut baptisé à l'âge où il était encore au berceau. Ses croyances il les fondait dans l'homme, pas dans une de ses figures obscures qu'on magnifiait. Pourtant, parfois le capitaine se surprenait à évoquer le destin, les enchaînements des événements étant trop parfaits. Prenant son verre à la propreté douteuse sur le comptoir, il regarda la lumière jouer dans l'ambre liquide avant de répondre à sa remarque au sujet des espagnols :

- Il faudrait être fou... Ou courageux pour arpenter des eaux infestées de requins... Que crois-tu qu'ils cherchent ?

Le corsaire posa cette question sans la regarder. Il ne s'attendait pas à une réponse de sa part, mais plutôt de lui-même, du fond de son être... Se considérait-il comme un fou à ce moment-ci ? Pourtant, Amador était dépeint comme un homme raisonnable et patient. Alors pourquoi un tel changement, une telle volonté d'en finir avec le Fossoyeur ? Tous les hommes qui se trouvaient autour de lui pouvaient aisément lui trancher la gorge. Malgré ses talents, le capitaine était conscient qu'il ne pourrait s'extraire de cette île si son identité était dévoilée. Mais en même temps quel fou irait croire qu'un homme de la marine espagnole était suffisant idiot pour nager dans une fosse remplie de requins ?

Légèrement troublé, Amador se tourna lorsque l'un des pirates d'une table proche s'était soudainement levé, armes au poing, pour gueuler qu'il ferait la peau aux espagnols qui osaient les narguer. Sa hargne alimenta un flot de ricanements vaseux et imbibés d'alcool. Le railleur ne semblait pas être pris au sérieux et pourtant, une lueur sanguinaire persistait dans ses yeux. Ses camarades le bousculèrent pour l'inciter à se rasseoir, mais certains acquiescèrent à son envie de meurtre. Les bougres finirent par se calmer, après que le fauteur de trouble dégurgita une immondice liquide sur la table.

Le capitaine de la Cruz ria à cette scène, pour mieux se conforter dans son rôle de hors-la-loi avant de regarder son interlocutrice. Celle-ci prit son verre et le vida d'un traite avant de l'inviter à la suivre. Amador redoutait un piège, elle était peut-être de mèche avec Léopold Vignage, elle se doutait peut-être de son appartenance... Pourtant il se leva en silence pour la suivre, alertant au passage Alfonso, qui les regardait du coin de l'oeil depuis tout à l'heure. Le capitaine était convaincu qu'il ne se laisserait pas faire et qu'il ne partirait pas les mains vides.


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J'entendis le bruit familier du verre que l'on repose sur le comptoir. Le grincement de la chaise couvert par le brouhaha général. Il me suivait. Parfait. Le moucheron avait été pris au piège dans la toile de la Néphile Dorée qui l'attirait désormais à elle pour le démembrer et obtenir de quoi se nourrir. Evidemment, je ne comptais pas user de torture pour obtenir toutes les informations que je désirais avoir. J'avais de bien meilleures manières de faire parler les beaux oiseaux comme lui. Tenant d'une main ma robe afin de ne pas marcher dessus ou la faire tremper dans le rhum écoulé au sol mélangé aux régurgitations des marins un peu trop ivres. Je marchais lentement, me faisant une place au milieu des saoulards. Je gravis ainsi une à une les marches de l'escalier de bois sombre, laissant ma main glisser sur la rampe d'un geste noble que j'avais copié de la femme du gouverneur pour qui j'avais travaillé comme servante, pour enfin atteindre mon bureau à l'étage.

D'une main, j'invitai l'homme au chapeau troué à pénétrer dans la sombre pièce. J'allumai une lampe à huile sur le bureau principal et une bougie dans un recoin de la pièce. Puis je retournai près de la porte à double battant que je refermai de mes deux mains. Retournant près du bureau et du fauteuil de bois sombre couvert d'une étoffe colorée dans lequel je m'assis, je proposai à mon potentiel collaborateur de s'asseoir. Je me penchai en avant pour le regarder dans les yeux et capter son attention. Il avait ainsi à loisir une vue sur mon décolté plongeant donnant sur ma poitrine que je savais un bon argument, bien que je doute que l'homme soit du genre à se laisser prendre au jeu. Il n'avait déjà pas fait beaucoup attention à mes charmes lors de mon arrivée près de lui. Je verrai par la suite à quelle sauce ce petit insecte allait se faire dévorer. Parfois, comme avec ce genre de personnage, je ne savais s'il fallait d'abord parler affaire ou commencer par satisfaire des besoins plus... primaires.

D'une voix presque basse, à l'accent légèrement teinté par la chaleur des îles, je lui dis :

" Nous voilà plus au calme, n'est-ce pas ? Comme tu l'as dis, ces téméraires Espagnols naviguent en eaux troubles. Il leur faudra un port d'attache solide s'ils ne veulent pas se faire dévorer par les requins. "


Allait-il comprendre où je voulais en venir ? Percevait-il que mes petits rats des rues avaient déjà flairé la magouille ? Je décidai de tarder encore un peu pour préserver l'adrénaline dégagée par le mystère qui auréolait notre conversation.

" Je veux te proposer un contrat. Je pense que nous avons des intérêts communs à trouver dans cette affaire. Peux-tu me redonner ton nom et celui de ton navire ? Le rhum me les a déjà fait oublier ! "

J'émis un léger rire presque d'idiote. Je savais très bien que mon interlocuteur n'avait donné ni son nom, ni celui de son navire. Je me laissai retomber doucement contre le dossier de mon fauteuil, attendant de voir sur quel tableau allait jouer le menteur. Celui-ci pouvait bénéficier de l'une des deux chaises de bois, assez confortables, que je laissais toujours à disposition de mes associés ou contributeurs. Qui était-il vraiment ? Parviendrais-je à le soudoyer ?


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